AU K.118 DE WINTERTHUR (SUISSE), le processus de construction a été inversé : collecter d’abord les matériaux de démolition, puis concevoir. Cette extension est presque entièrement réalisée avec des composants réemployés – poutres de Bâle, escaliers et granit de Zurich – complétés par des matériaux naturels. Une approche circulaire qui permet d’économiser 60% d’émissions de CO2 comparé à un bâtiment neuf équivalent. Engagé dans l’exploration de méthodes de construction durables, l’architecte Søren Pihlmann envisage les bâtiments comme des organismes vivants capables de s’autorégénérer en utilisant leurs propres matériaux. Commissaire de l’exposition « Build of Site » au pavillon danois pour la Biennale d’architecture de Venise 2025, il partage sa vision de la circularité. Vous défendez une approche exploratoire de la « circularité sur site ». En quoi cela consiste-t-il et quel est selon vous son potentiel de développement? S. P. : Notre approche va au-delà de la simple circularité. Je vois les bâtiments comme des organismes vivants capables de s’autorégénérer en utilisant leurs propres ressources. Aujourd’hui, nous distinguons deux approches dans la circularité des matériaux recueillis directement sur site : le réemploi direct d’éléments entiers (poutres, plaques de béton) et la revalorisation de débris transformés en nouveaux matériaux. L’enjeu est de déterminer à quelle échelle l’effort de revalorisation reste justifiable. Le potentiel d’adoption de notre approche de circularité sur site est, selon moi, important, car l’industrie est en pleine transition vers des pratiques plus durables, tandis que les outils techniques évoluent rapidement. Quelles caractéristiques font, selon vous, qu’un matériau est idéal pour le réemploi? S. P. : C’est essentiellement une question d’échelle et de robustesse. Un matériau réemployable doit pouvoir être utilisé à grande échelle, et ce, malgré ses imperfections – coins ébréchés ou couleurs non uniformes. Pour cela, nous devons abandonner notre vision standardisée de la construction pour valoriser ces traces d’histoire. « Pouvons-nous (vraiment) révolutionner nos méthodes de construction? » POINT DE VUE SØREN PIHLMANN Cofondateur du studio d’architecture Pihlmann Architects, à Copenhague (Danemark) RETROUVEZ l’interview complète sur Constructing a sustainable future Comment faciliter la réutilisation future des composants d’un bâtiment dès sa conception? S. P. : Nous devons maîtriser deux approches complémentaires : soit créer des composants (éléments de la construction tels que des cloisons) facilement démontables et réutilisables tels quels, soit concevoir des systèmes permettant de transformer des débris en matière brute. Pour un projet réalisé à Copenhague (Danemark), nous avons découpé des éléments de béton existants pour créer un nouvel escalier, tandis que les déchets de bois ont été broyés puis moulés en nouvelles planches pour créer du mobilier. Les déchets métalliques (radiateurs, tuyaux) ont été aussi compressés en cubes, avant d’être sablés pour créer, par exemple, des pieds de table, ajoutant une dimension créative et esthétique unique au nouveau bâtiment. La construction véritablement durable exige cette flexibilité d’approche, où tantôt l’environnement s’adapte au matériau, tantôt le matériau s’adapte à l’environnement. 109 108
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