Le magazine de la construction durable AVRIL 2026 QUALITÉ DE VIE RÉSILIENCE PERFORMANCE RESSOURCES Construire durable, c’est
Le magazine de la construction durable par Saint-Gobain Construire durable, c’est
ACCÉDEZ au magazine en ligne Constructing a sustainable future INTRODUCTION La construction durable est souvent abordée à travers le prisme de la décarbonation et de l’impact environnemental. Le Baromètre de la construction durable 2026 le confirme une nouvelle fois : l’efficacité énergétique des bâtiments et l’usage de matériaux plus respectueux de l’environnement figurent en tête des critères cités par les acteurs du secteur pour définir une construction responsable. Mais s’en tenir à cette seule lecture serait insuffisant, car la construction durable embrasse d’autres dimensions tout aussi essentielles… En agissant sur notre qualité de vie : un habitat mal ventilé, mal isolé, inconfortable sur les plans thermique ou acoustique a des impacts directs sur la santé physique et mentale des occupants. Dans un monde de plus en plus urbanisé, les solutions portées par la construction durable s’avèrent essentielles. Face à un climat sous pression – canicules plus fréquentes, pluies extrêmes, sécheresses, stress hydrique… –, l’adaptation et la résilience de la construction durable permettent de mieux protéger les populations et de nous projeter plus sereinement dans l’avenir. Dans un contexte exigeant, marqué par la volatilité des coûts et le renforcement des normes, la construction durable s’impose aussi comme un levier de performance, alliant productivité, rentabilité, conformité et différenciation. Enfin, la soutenabilité du secteur passe par une meilleure préservation des ressources : réduire les prélèvements, limiter les déchets, prolonger la durée de vie des ouvrages et intégrer la circularité deviennent des conditions clés. C’est cette vision élargie de la construction durable, génératrice de valeur environnementale, sociale et économique, que cette édition de Constructing a sustainable future explore. 1. #QUALITÉ DE VIE CONSTRUIRE DURABLE, C’EST AUSSI AGIR POUR LE BIEN-VIVRE P. 20 2. #RÉSILIENCE CONSTRUIRE DURABLE, C’EST AUSSI S’ADAPTER AUX CHOCS CLIMATIQUES P. 44 3. #PERFORMANCE CONSTRUIRE DURABLE, C’EST AUSSI ÊTRE EFFICACE ET RENTABLE P. 72 4. #RESSOURCES CONSTRUIRE DURABLE, C’EST AUSSI PRÉSERVER LES RESSOURCES P. 100 05
entretien GrAND Pourquoi, dans la construction, le développement durable a-t-il si souvent été réduit à la seule performance environnementale? J. E. : Pour le comprendre, il faut revenir un peu en arrière. Il y a près de cinquante ans, lorsque je me formais au métier d’urbaniste, le changement climatique était à peine perceptible et le secteur de la construction, comme beaucoup d’autres, se souciait peu des limites environnementales. Lorsque le développement durable s’est progressivement imposé, il l’a fait d’abord sous l’angle environnemental. À partir des années 1970, les études d’impact environnemental ont joué un rôle déterminant. Elles ont permis de mettre en place des processus structurés qui ont amené les promoteurs, les architectes et les urbanistes à prendre en compte les conséquences du changement climatique. Au fil du temps, cela a influencé la manière dont le développement durable a été appréhendé et mis en œuvre. Des outils comparables d’évaluation des impacts sociaux, culturels ou humains n’existaient tout simplement pas. Il y avait aussi un aspect pragmatique : la performance environnementale semblait plus facile à gérer. Les émissions de CO2, la consommation d’énergie et la pollution pouvaient être mesurées, réglementées et faire l’objet d’audits. En revanche, comprendre l’expérience humaine est beaucoup plus complexe et politiquement sensible. Ainsi, le développement durable s’est retrouvé étroitement associé à ce qui pouvait être quantifié, même si cela impliquait de réduire sa portée initiale. Cet accent mis sur l’environnement a-t-il néanmoins joué un rôle positif dans le secteur de la construction? J. E. : Oui, il a permis de faire progresser les secteurs les plus émetteurs de CO2 tels que celui de la construction. Il est difficile de transformer ces industries, mais la pression en faveur du développement durable les a Pendant longtemps, le développement durable dans le secteur de la construction était axé sur les performances environnementales et les indicateurs carbone. Si cette approche a permis d’améliorer les pratiques professionnelles, elle a souvent négligé l’impact des bâtiments sur la vie des populations. Dans cet entretien, John Elkington, pionnier du concept de triple bottom line (personnes, planète, prospérité), revient sur les origines de cette approche environnementale, sur ce qu’elle a rendu possible et explique pourquoi il est désormais essentiel de placer l’humain au cœur du développement durable. JOHN ELKINGTON Consultant britannique expert dans les questions de responsabilité sociétale des entreprises et de développement durable ayant introduit le concept de triple bottom line (TBL) (1). (1) Cadre d’analyse de la performance des organisations fondé sur trois dimensions indissociables (économique, sociale et environnementale), visant à mesurer la création de valeur globale au-delà du seul résultat financier. 07
« Le secteur de la construction ne répond pas uniquement aux besoins actuels. Il fige des modes de vie pour des décennies. Un environnement bâti durable doit rester adapté aux personnes sur le temps long, et pas seulement satisfaire des indicateurs environnementaux de court terme. » Comment votre concept de triple bottom line, qui articule personnes, planète et prospérité, aide-t-il à élargir cette perspective pour l’environnement bâti? J. E. : Ce concept a été pensé pour favoriser l’intégration. Dans le secteur de la construction, il met en lumière l’interdépendance entre performance environnementale, bien-être social et valeur économique à long terme. Utilisé seulement comme un outil de responsabilité, pour atténuer marginalement les effets négatifs, il débouche rarement sur de vraies transformations. En revanche, si on l’applique dans une optique de résilience et de régénération, il devient beaucoup plus puissant. Il fait naître différentes questions : ce bâtiment restera-t-il pertinent dans le temps? Peut-il s’adapter à de nouveaux usages? Est-il suffisamment résilient? Ce type de raisonnement oriente le développement durable vers la création de valeur à long terme. Il reconnaît que les bâtiments et les villes sont des organismes en évolution, et non des objets statiques conçus pour un moment précis. Qu’est-ce que cela implique concrètement dans la conception des villes d’aujourd’hui? J. E. : Concrètement, cela signifie repenser les horizons temporels. La plupart des constructions actuelles sont conçues pour une durée de vie relativement limitée et sont réalisées dans l’urgence en raison de la crise du logement. C’est un vrai problème, car les bâtiments restent souvent en place bien plus longtemps que prévu et nous ne faisons donc que préparer les problèmes de demain. Concevoir les projets avec une réelle attention à l’adaptabilité est essentiel. Il en va de même à l’échelle des villes. Les villes qui fonctionnent bien dans la durée sont en général celles qui se sont transformées progressivement, plutôt que celles issues de modèles de planification rigides et industrialisés. Cela suppose également de prêter attention à la qualité du cadre de vie et au patrimoine existant. L’expérience humaine, la rénovation du patrimoine bâti, la pertinence culturelle et le sentiment d’appartenance ne sont pas un luxe : ils sont essentiels à la résilience à long terme et à l’ancrage social. Les ignorer fera peut-être gagner du temps ou de l’argent à court terme, mais cela créera des vulnérabilités difficiles à corriger par la suite. Pour l’avenir, que faudrait-il changer? J. E. : L’urgence, c’est d’abord un changement de mentalité. Le développement durable ne représente pas seulement un défi technique, c’est aussi un défi psychologique et culturel. Nous sommes naturellement enclins à nous concentrer sur les problèmes à court terme et sur les rendements immédiats, même lorsque les risques à long terme sont bien plus importants. Les leaders du secteur de la construction devraient consacrer davantage de temps à la formation et s’immerger dans des expériences concrètes afin de créer des bâtiments durables. L’éducation, ce n’est pas seulement pour les jeunes! Ils doivent se rendre sur des chantiers qui ont réussi à intégrer les dimensions environnementales, sociales et culturelles, souvent dans des contextes très différents du leur. Enfin, la construction est un des secteurs les plus influents pour façonner l’avenir. Il ne bâtit pas uniquement des structures, mais aussi des modes de vie. Une approche véritablement durable doit donc prendre en compte les personnes et le temps, en envisageant comment les environnements contribueront à la vie humaine aujourd’hui, mais aussi pour les générations futures. incitées à innover, parfois de manière assez radicale. Cela a également contribué à faire évoluer les mentalités. Le changement climatique n’est plus considéré comme une question secondaire, mais comme un risque stratégique et existentiel. Et, sur ce point, la science est sans appel. Même lorsque la situation politique est défavorable, de nombreuses grandes entreprises continuent à travailler en coulisses sur les questions climatiques, car elles comprennent que les menaces sont réelles et ne disparaîtront pas. En ce sens, l’agenda environnemental a contribué à installer le développement durable au premier plan. Un langage et des indicateurs communs ont ainsi été développés, et un sentiment d’urgence s’est installé. Sans cette base, il serait très difficile aujourd’hui de mener une réflexion plus large sur la résilience, la valeur à long terme et le bienêtre humain. Quels aspects liés au développement durable ont été négligés du fait de cette approche réductrice? J. E. : La grande perdante, de toute évidence, a été la dimension humaine. Il est plus facile de quantifier la performance environnementale que le bien-être social, la pertinence culturelle ou la santé mentale. C’est pourquoi ces aspects ont souvent été relégués au second plan ou considérés comme facultatifs. Dans le domaine de la construction, cela a des conséquences très concrètes. Trop de bâtiments sont conçus avec une vision à court terme, motivée par des impératifs d’efficacité et de coût plutôt que par la qualité de vie à long terme. Nous construisons des lieux qui sont techniquement fonctionnels, mais psychologiquement pauvres, monotones ou déconnectés de la réalité quotidienne des gens. Or le secteur de la construction ne répond pas qu’à des besoins immédiats. Il façonne nos modes de vie, notre mobilité et nos interactions sociales pour des décennies. Si nous négligeons ces effets à long terme sur les personnes, nous risquons d’instiller du stress, de l’isolement et de la fragilité dans l’environnement bâti. Ces coûts ne figurent peut-être pas dans les bilans financiers, mais ils sont bien réels pour les sociétés. 09 08
Perceptions, obstacles et leviers de progrès, solutions attendues, parties prenantes les plus actives… Depuis son lancement en 2023, le Baromètre de la construction durable par Saint-Gobain mesure chaque année les avancées sur ce sujet prioritaire à l’échelle mondiale. Découvrons ensemble les enseignements clés de cette quatrième édition. BAROMÈTRE 11
Parmi les définitions suivantes, lesquelles correspondent le mieux à la construction durable? Des constructions… En premier Au total Base : parties prenantes connaisseurs de la notion de construction durable (4512 répondants) deux réponses possibles efficaces du point de vue énergétique qui utilisent des matériaux écologiques visant à atteindre la neutralité carbone capables de faire face aux aléas naturels et climatiques évolutives capables de s'adapter à de nouveaux usages visant à réduire les déchets de chantier qui consomment moins de matières épuisables qui favorisent le bien-être et la santé des occupants 17 % 15 % 15 % 14 % 11 % 9 % 9 % 8 % 33 % 30 % 26 % 26 % 22 % 19 % 19 % 18 % Connaissez-vous la notion de construction durable, ne serait-ce que de nom? ENSEIGNEMENT CLÉ 1 La construction durable : un concept désormais installé, mais une appropriation inégale La construction durable est aujourd’hui une notion largement installée. 67% des parties prenantes et 39% des citoyens déclarent bien comprendre ce que recouvre le concept; 94% et 84% en ont au moins connaissance. Cette reconnaissance partagée s'accompagne cependant de variations importantes selon les régions et les pays. La connaissance déclarée chez les parties prenantes reste plus faible en Asie-Pacifique (58%) qu’au Moyen‑Orient (75%), et les écarts sont parfois considérables au sein d’une même région : en Europe, l’écart entre la Roumanie (86%) et la République tchèque (40%) illustre ainsi l'écart de maturité entre des pays d'une même zone. Chez les citoyens, l’aisance avec le concept demeure socialement marquée, plus élevée chez les publics jeunes et diplômés. ENSEIGNEMENT CLÉ 2 La résilience toujours en progrès, des bénéfices à mieux valoriser pour accélérer la dynamique Parmi les dimensions associées à la construction durable, la résilience poursuit sa progression. Après une forte hausse lors de l’édition précédente (+ 8 points entre 2024 et 2025), elle gagne encore 5 points cette année chez les parties prenantes comme chez les citoyens, avec une importance particulière en Afrique et au Moyen‑Orient, des régions déjà exposées à des conditions climatiques extrêmes. Les entretiens avec les acteurs financiers mettent en évidence l'attention croissante portée à la résilience, tout en soulignant l'importance de partager une définition claire et de démontrer un retour sur investissement lisible des solutions visant à adapter le bâti. 67 % 27 % 6 % 67 % 13 12 Base : ensemble parties prenantes (4800 répondants) une seule réponse possible Oui, et je vois bien ce dont il s’agit Oui, mais je ne vois pas vraiment ce dont il s’agit Non, je n’en ai jamais entendu parler
ENSEIGNEMENT CLÉ 3 La valeur de la construction durable, un enjeu central Au-delà de la connaissance de la construction durable, la question de la valeur s'avère décisive. 47% des parties prenantes estiment que la construction durable crée davantage de valeur que la construction traditionnelle (nouvelle question en 2026). Cette perception est plus fragile dans certaines zones (38% en Asie-Pacifique, 45% en Europe) et chez les élus, dont seuls 34% se déclarent convaincus. La compétitivité des solutions reste un levier perçu comme déterminant pour accélérer la construction durable : comme dans l’édition précédente, elle est citée par près d’une partie prenante sur trois. Par ailleurs, les répondants favorables à un « retour en arrière » (un avis minoritaire, seulement 6% des parties prenantes) évoquent principalement des coûts trop élevés et un manque de garanties sur les performances pour les usagers. L’enjeu n’est plus seulement d’affirmer l’ambition de la construction durable, mais d’en démontrer la valeur : expliquer les bénéfices tangibles, garantir les performances pour les utilisateurs et objectiver la compétitivité des solutions pour s’ancrer durablement dans les décisions des acteurs. 5 % 8 % 21 % 47 % 47 % Selon vous, aujourd’hui, la construction durable, en tenant compte à la fois de sa rentabilité économique et de sa valeur globale (environnementale, sociale, patrimoniale)… 19 % Crée davantage de valeur que la construction traditionnelle Crée autant de valeur que la construction traditionnelle Crée de la valeur mais moins que la construction traditionnelle Ne crée pas de valeur Je ne sais pas Base : ensemble parties prenantes (4800 répondants) une seule réponse possible 6 % 7 % 8 % 8 % 10 % 5 % 8 % 9 % 51 % 51 % 38 % 45 % 65 % 33 % 18 % 52 % 21 % 19 % 18 % 16 % 23 % 28 % 26 % 22 % 19 % 15 % 22 % 25 % 21 % 12 % 23 % 36 % 3 % 3 % 1 % 7 % 6 % 1 % 8 % 11 % Afrique Amérique du nord Amérique latine AsiePacifique Europe MoyenOrient Inde Chine Focus zones 15 14
ENSEIGNEMENT CLÉ 4 Des intentions partagées, mais un passage à l’acte encore limité La nécessité d’accélérer fait largement consensus : 87% des parties prenantes estiment qu’il faut aller plus loin. Les acteurs de l’amont de la chaîne de valeur (architectes et bureaux d’ingénierie) restent identifiés comme moteurs (56%, stable), et la dynamique attendue repose sur une coopération entre acteurs plutôt que sur un pilote unique. Pourtant, pour la troisième année consécutive, les pratiques peinent à suivre. Seuls 32% des professionnels évaluent systématiquement l’empreinte carbone et 30% déclarent réaliser des chantiers durables, contre 55% qui indiquent qu’ils « vont le faire ». Côté élus, la durabilité, si elle reste un critère important dans l’attribution des marchés publics (86%), recule par rapport à l’édition précédente (98% en 2025). Chez les étudiants et les associations, l’intention demeure plus forte que le passage à l’acte : 78 % des étudiants valorisent la formation dans la construction durable, mais seuls 5% refuseraient catégoriquement une offre d’emploi d’une entreprise non investie; 24% des associations ont déjà boycotté des projets non durables, contre 50% qui pourraient le faire. Base : professionnels qui ont une activité dans la construction durable (1208 répondants) une seule réponse possible Evaluez-vous l’empreinte carbone de vos projets de construction durable? 28 % 32 % 32 % 40 % Oui, systématiquement Oui, mais seulement de temps en temps Non, jamais ENSEIGNEMENT CLÉ 5 La désirabilité citoyenne comme levier pour accélérer le déploiement ? Le baromètre souligne également l’importance du rôle des citoyens pour accélérer la transition vers la construction durable. 63% des citoyens jugent prioritaire le développement de constructions plus durables, en hausse de 4 points par rapport à l’édition précédente. Les citoyens portent également une attention croissante aux bénéfices en matière de santé et de bien-être des occupants : 19% des citoyens intègrent désormais ces dimensions dans leur définition de la construction durable (+4 points), notamment en Afrique et en Asie-Pacifique, où plus d’un citoyen sur quatre cite cet enjeu. Par ailleurs, près d’un tiers des citoyens et des parties prenantes estime que la sensibilisation du grand public constitue une condition indispensable à cette accélération. Parmi les définitions suivantes, lesquelles correspondent le mieux à la construction durable? Des constructions… Base : citoyens connaisseurs de la notion de construction durable (25328 répondants) deux réponses possibles qui utilisent des matériaux écologiques efficaces du point de vue énergétique capables de faire face aux aléas naturels et climatiques visant à réduire les déchets de chantier qui consomment moins de matières épuisables qui favorisent le bien-être et la santé des occupants visant à atteindre la neutralité carbone évolutives capables de s'adapter à de nouveaux usages 20 % 16 % 16 % 10 % 9 % 9 % 9 % 8 % 35 % 31 % 28 % 19 % 19 % 19 % 18 % 15 % En premier Au total 17 16
FOCUS Compétitivité, sensibilisation et alignement des acteurs en tête des priorités d’action Comme l’an dernier, près d’un répondant sur trois parmi les parties prenantes cite deux leviers prioritaires pour accélérer la transition du secteur : renforcer la compétitivité des solutions durables (32%) et sensibiliser davantage le grand public (31%) comme les parties prenantes (30%). Ce double signal indique que l’enjeu se situe moins dans la proposition de nouvelles solutions (21%) que dans les conditions de déploiement des solutions déjà disponibles. Il s’agit, d’une part, d’en améliorer l’accessibilité économique et, d’autre part, d’en faciliter l’appropriation par l’ensemble de la chaîne de valeur (prescripteurs, financeurs, entreprises, usagers), afin d’en permettre la diffusion à grande échelle. Si ces orientations font globalement consensus, des spécificités régionales émergent néanmoins : la rénovation est davantage mise en avant en Europe (25%), tandis que l’Asie-Pacifique se distingue par un intérêt plus marqué pour les biomatériaux (32%). Selon vous, parmi les actions suivantes, quelles sont celles qui doivent être mises en place en priorité pour accélérer le développement de la construction durable? 32 % Améliorer la compétitivité des matériaux, produits et solutions durables 31 % Sensibiliser davantage le grand public aux enjeux de la construction durable 30 % Sensibiliser davantage l'ensemble des parties prenantes et renforcer leur collaboration 27 % Rendre plus visible et transparente la performance durable des constructions 26 % Privilégier les biomatériaux aux matériaux conventionnels 22 % Former davantage les professionnels 21 % Proposer de nouvelles solutions innovantes 17 % Rénover l’existant Base : ensemble parties prenantes (4800 répondants) plusieurs réponses hiérarchisées possibles. Seules les 8 premières modalités arrivées en tête sont présentées (15 modalités au total). Méthodologie Le Baromètre de la construction durable 2026 a été réalisé entre le 16 octobre et le 14 novembre 2025, auprès d’un échantillon de 4800 répondants issus de 30 pays : Afrique du Sud, Allemagne, Arabie Saoudite, Argentine, Brésil, Canada, Chine, Colombie, Égypte, Émirats Arabes Unis, Espagne, États-Unis, Finlande, France, Inde, Indonésie, Italie, Kenya (1), Malaisie (1), Maroc, Mexique, Norvège, Pologne, Portugal, République tchèque, Roumanie (1), Royaume-Uni, Suisse, Turquie, Vietnam. Ce panel a répondu via un questionnaire auto-administré en ligne et se réparti comme suit : • 1500 professionnels (travaux et construction, architecture, habitat, organisations professionnelles des métiers du bâtiment, énergie, industrie, gestion des déchets de construction) • 1500 étudiants (filières construction/BTP/génie civil, architecture, design d’espace) • 1200 membres d’associations (transition écologique, habitat, construction, énergie, changement climatique, économie circulaire) • 600 élus locaux ou représentants locaux du gouvernement (aux EAU et en Arabie saoudite, en l’absence d’élus locaux, des représentants des autorités publiques ont été interrogés). Mode de recueil spécifique : questionnaire administré par téléphone. Par ailleurs, 30000 citoyens de 18 ans et plus dans 30 pays, ont aussi été interrogés : 1000 individus par pays (échantillon représentatif). Questionnaire omnibus en ligne. (1) Nouveaux pays en 2026. RETROUVEZ les résultats complets du Baromètre 2026 19 18
Air que l’on respire, lumière qui éclaire nos espaces, température qui protège des excès climatiques, bruit que l’on parvient à contenir : ces paramètres fondamentaux du confort ne relèvent pas d’un désir de standing. Ils répondent à des besoins physiologiques essentiels et conditionnent directement notre capacité à vivre dans de bonnes conditions. Or les solutions pour améliorer notre qualité de vie sont aussi celles qui rendent nos bâtiments plus performants sur le plan environnemental. Isolation optimisée, ventilation maîtrisée, conception bioclimatique, matériaux sans risques, efficacité énergétique : ces choix techniques agissent simultanément sur le confort des occupants et sur la réduction des consommations énergétiques, des émissions de CO2 et de la pression sur les ressources. Mieux encore, les dimensions de confort produisent des effets économiques tangibles. Un air intérieur sain, un confort acoustique maîtrisé, une température stable et une lumière naturelle bien dosée favorisent la concentration, la productivité et la réussite scolaire. Même les investisseurs valorisent mieux les bâtiments certifiés reconnus pour leurs qualités de confort. Dans ce chapitre, vous découvrirez les multiples façons pour la construction de faire rimer durable et confortable. PARTIE CONSTRUIRE DURABLE, C’EST AUSSI agir pour le bien-vivre 21
SALESFORCE TOWER (ÉTATS-UNIS). Ce gratte-ciel de 61 étages à San Francisco a obtenu à ce jour la précertification LEED Platinum avec une performance énergétique 30% inférieure aux standards californiens. Distribution d’air sous plancher, économiseurs air extérieur, façade performante combinant vitrage à faible émissivité et brise-soleil : l’ensemble offre aux 15000 occupants des conforts thermique et visuel optimisés dans un bâtiment qui consomme moins qu’un immeuble de bureaux standard. Le confort dans un bâtiment repose sur quatre piliers : qualité de l’air, lumière naturelle, acoustique et température. Ces dimensions agissent directement sur notre santé, notre concentration et notre bienêtre au quotidien. Pour répondre à ces besoins fondamentaux, des solutions existent : isolations thermique et acoustique performantes, qui sont précisément celles qui réduisent drastiquement la consommation énergétique, limitent les émissions de CO2 et préservent les ressources naturelles. Qualité de vie et performance environnementale sont les deux faces d’une même pièce. Un bâtiment idéal offre bien plus qu’un simple abri : il apporte de l’air pur, une température agréable, une acoustique maîtrisée et une lumière naturelle généreuse. Ce niveau de confort n’est pas un luxe : il répond à des besoins physiologiques fondamentaux et influence directement notre santé, notre concentration et notre bien-être au quotidien. DÉCRYPTAGE Qualité de vie et environnement : même combat QUAND TOUT CONVERGE Quatre paramètres agissent simultanément pour réduire l’empreinte carbone d’un bâtiment, préserver les ressources naturelles et améliorer le bien-être de ses occupants. Prenons la ventilation. Une installation efficace régule le CO2 et évacue les polluants volatils : moins de fatigue, moins de maux de tête pour les occupants. Mais cette même ventilation, en version double flux, récupère jusqu’à 90% de la chaleur de l’air extrait, réduit les besoins de chauffage de 25% à 45% et limite d’autant les émissions de CO2. L’orientation du bâtiment et le dimensionnement des fenêtres jouent aussi sur deux tableaux. Ils influencent les rythmes circadiens, le sommeil et le moral, tout en réduisant l’éclairage artificiel de 40% à 60% et les ressources électriques associées. Autre convergence : l’enveloppe qui atténue le bruit extérieur. Elle préserve la concentration, diminue le stress. Cette même enveloppe, avec son isolation renforcée et son étanchéité à l’air, bloque également les déperditions thermiques et joue donc un rôle décisif sur le plan énergétique : les murs et façades représentent à eux seuls près d’un tiers des déperditions thermiques d’un bâtiment. Et ces matériaux isolants sont de plus en plus durables : empreinte carbone réduite, contenu recyclé ou biosourcé, émissions réduites de composés organiques volatils… 23 22
ÉCOLE RIEDBERG (ALLEMAGNE). À Francfort, cette école primaire respecte le standard Passivhaus : étanchéité à l’air renforcée, mesurée à un niveau environ 25% plus exigeant que le seuil Passivhaus, et ventilation mécanique double flux avec récupération de chaleur par échange air/air. Résultats du monitoring sur trente mois : température moyenne de 22,9 °C en été sans climatisation, qualité d’air optimale, économies d’énergie de 90% par rapport aux standards conventionnels. Les élèves travaillent ainsi dans de bonnes conditions tandis que l’école optimise ses factures énergétiques. LE MUSÉE DE L’ASTRONOMIE DE SHANGHAI (CHINE), plus grand planétarium du monde, a été conçu comme un lieu de découverte où le confort des visiteurs est au cœur de l’expérience. Gyproc a fourni environ 15000 m2 de plaques de plâtre pour les cloisons et les plafonds, contribuant à l’absorption acoustique et à la clarté sonore, conditions essentielles à la compréhension des contenus scientifiques et à la qualité de visite. Leur légèreté a par ailleurs facilité la mise en œuvre tout en limitant les charges sur la structure, dans un bâtiment à la géométrie particulièrement complexe, sans ligne droite ni angle droit. Enfin, la température. Maintenir 20 °C-22 °C en hiver et éviter les surchauffes estivales suppose une isolation performante, une bonne inertie thermique et une protection solaire adaptée incluant du vitrage à contrôle solaire afin de bénéficier d’une luminosité optimale. Ces dispositifs permettent de stabiliser le confort intérieur tout en réduisant fortement les besoins énergétiques : chaque degré de chauffage évité représente en moyenne près de 7% d’énergie, et donc d’émissions de CO2 en moins. Il n’y a donc pas à arbitrer entre confort et réduction des impacts environnementaux : les solutions existent pour progresser sur les deux tableaux en même temps. Un bâtiment passif l’illustre parfaitement : combinant température stable, un air constamment renouvelé et une lumière naturelle généreuse, tandis que sa consommation énergétique chute de 75% à 90% et que ses émissions de CO2 sont quasi nulles. LEVER UN BIAIS DE PERCEPTION SUR CE QU’EST LA DURABILITÉ Les voyants semblent au vert pour passer au déploiement systématique de solutions durables en vue d’un plus grand confort et d’un bien-être amélioré. Les outils de conception se perfectionnent, les solutions techniques sont éprouvées, les retours d’expérience disponibles, les bénéfices économiques documentés. Et les référentiels internationaux reconnaissent désormais cette convergence entre performance environnementale et qualité de vie : la Déclaration de Chaillot, le cadre européen Level(s), les certifications WELL et HQE intègrent tous ces deux dimensions. Pourtant, le Baromètre 2026 de la construction durable dans le monde révèle que seuls 18% des acteurs du secteur associent la construction durable au bien-être et à la santé des occupants. Pour lever ce frein de perception, l’enjeu se situe désormais dans le récit que l’on choisit de déployer. Opter pour un récit plus étayé sur les dimensions de qualité de vie permettra de dépasser une vision trop restrictive de ce qu’est véritablement la durabilité. DÉCRYPTAGE 24 25
26 27 THE EDGE, À AMSTERDAM (PAYS-BAS) _ Chaque façade est différenciée selon son orientation, l’atrium nord maximise la lumière naturelle tandis que les panneaux solaires sud protègent des surchauffes, et un système aquifère stocke la chaleur estivale à 130 mètres de profondeur pour la restituer en hiver. Il a obtenu un score BREEAM record de 98,4%. ÉCOLE ÉLÉMENTAIRE D’ALBLASSERDAM (PAYSBAS) _ La combinaison de panneaux isolants Isover et Gyproc et de plafonds suspendus Ecophon a permis de réduire le bruit jusqu’à 45 décibels et d’améliorer significativement la clarté de la parole. Confort : des recettes gagnantes THE AMARYLLIS PHASE 2, À NEW DELHI (INDE) _ Dans ce complexe résidentiel, les vitrages Cool-Lite SKN 176 allient 70% de transmission lumineuse et un blocage de 63% de la chaleur solaire. De quoi permettre aux occupants de ce complexe certifié LEED Gold de baigner dans la lumière naturelle, sans risquer de surconsommation énergétique. COLORADO CONVENTION CENTER, À DENVER (ÉTATS-UNIS) _ Lors de son agrandissement (2024), filtration haute performance et système d’ionisation capable de neutraliser virus et bactéries ont été combinés. La sélection des matériaux a fait l’objet d’une vigilance particulière : peintures, adhésifs, mastics, revêtements de sol et bois composite ont été exclusivement sélectionnés pour leur faible émissivité de composés organiques volatils (COV), un groupe de substances gazeuses hétérogènes, qui peuvent avoir des effets cancérigènes ou toxiques pour la reproduction et le développement de l’homme. À travers le monde, des projets emblématiques montrent comment la conception et le choix des matériaux façonnent le confort des occupants tout en optimisant la performance environnementale. Acoustique, lumière naturelle, qualité de l’air ou gestion thermique : ces réalisations offrent des réponses concrètes, mesurables et reproductibles, qui rendent les bâtiments plus sains, sobres et mieux adaptés aux usages d’aujourd’hui. PORTFOLIO
+ 5 % + 26 % + 1O pt JUSQU’À de valeur de vente pour les logements à haut confort environnemental (3) de performance scolaire grâce à des salles de classe mieux ventilées (4) de productivité dans des espaces mieux conçus (1) (1) N. Ildiri, H. Bazille, Y. Lou, K. Hinkelman, W. Gray, W. Zuo, « Impact of WELL certification on occupant satisfaction and perceived health, well-being, and productivity: A multi-office pre- versus post-occupancy evaluation », Building and Environment, 2022. (2) B. Hano, A. Keitaro, The incremental value of smart buildings upon effective rents and transaction prices. Thèse du MIT, 2018. (3) S. Loro, V. Lo Verso, E. Fregonara, A. Barreca, « Influence of daylight on real estate housing prices », Journal of Building Engineering, 2024. (4) L. Heschong, R. Wright, S. Okura, « Daylighting impacts on human performance in school », Journal of the Illuminating Engineering Society, 2013. Des chiffres qui font du bien L’impact généré par nos lieux de vie sur notre bien-être et notre santé a aussi des répercussions directes en termes de performances et de retombées économiques. Ce lien tangible fait l’objet de nombreuses études, qui prouvent qu’un environnement de vie sain et bien conçu est synonyme de gains concrets. DATA 28 Bureaux Logements Lieux d’apprentissage Une étude publiée dans Building and Environment (1) montre que l’amélioration de paramètres très concrets dans les bureaux tels qu’une meilleure ventilation, une filtration plus efficace, un apport accru de lumière naturelle, des matériaux faibles en composés organiques volatils, un bon confort thermique et acoustique, se traduit en moyenne par +10 points de productivité chez les salariés. Dans les open spaces, le Center for the Built Environment (États-Unis) a démontré qu’une réduction de 10 décibels du bruit ambiant peut améliorer la concentration de 30%. Aux États-Unis, les travaux du Massachusetts Institute of Technology (MIT) montrent que les logements qui maîtrisent mieux la qualité de l’air, la ventilation, les émissions des matériaux et la lumière naturelle affichent une prime locative de + 4 à + 7 % par rapport à des biens comparables (2). En Europe, une étude récente menée à Turin constate que la lumière naturelle pèse autant que la surface ou l’étage dans la formation du prix des habitats. Les écarts atteignent +26% sur les valeurs de vente et jusqu’à +21% sur les loyers entre les logements les mieux éclairés et les moins performants (3). Dans les écoles, lumière et air intérieur influencent directement la réussite des élèves et les conditions de travail des enseignants. Plusieurs études montrent que l’augmentation des débits de ventilation entraîne en moyenne + 5 % de performance aux évaluations standardisées (4). En effet, des niveaux de CO2 stabilisés réduisent la somnolence et améliorent la concentration. L’exposition à la lumière naturelle est également un facteur de réussite scolaire (4). 29
En tant que bailleur social, quelle définition donneriez-vous de la durabilité? L.deF. : Une définition plurielle, forcément, car tout doit être concilié! Les logements sociaux (1) visent plusieurs objectifs : offrir confort et accessibilité financière, respecter les normes environnementales et anticiper les impératifs de résilience face aux aléas climatiques. Aujourd’hui, durabilité et qualité de vie vont de pair. Le confort, la conception d’espaces adaptés aux usages et le choix de matériaux responsables permettent de créer des parcs immobiliers pérennes et appréciés de leurs habitants. Immobilière 3F accorde une grande importance à l’esthétique et au confort dans ses logements sociaux. Pourquoi? L.deF. : L’esthétique est essentielle et constitue une composante de la durabilité de nos projets, parce que, derrière cette notion de beau, il y a aussi une foule d’autres notions comme le bien-être, la qualité d’usage, l’efficience, la pérennité, etc. Un logement beau et bien conçu incite au respect et renforce le sentiment de fierté des habitants. Nous voulons casser l’image négative souvent associée au logement social en proposant des résidences exemplaires sur le plan architectural. Ainsi, notre projet de logements sociaux à Bagneux (France) a reçu en 2024 le prix de l’Équerre d’argent (2) car il combine esthétique, confort thermique et qualité spatiale, ce qui a été très apprécié par les locataires. RETROUVEZ l’interview complète sur Constructing a sustainable future (1) En France, un logement social est un logement construit, financé et attribué avec l’aide de l’État pour permettre à des ménages aux revenus modestes ou intermédiaires de se loger à un loyer inférieur aux prix du marché. (2) L’Équerre d’argent est un prix d’architecture récompensant la meilleure réalisation architecturale livrée en France pour sa qualité, son intégration et son innovation. LE JURY DU PRIX D’ARCHITECTURE FRANÇAIS L’ÉQUERRE D’ARGENT a salué les qualités d’usage des 76 logements sociaux proposés à Bagneux (France) par Immobilière 3F. « Les logements sociaux peuvent allier durabilité et qualité de vie. » POINT DE VUE LUCAS DE FRANCESCHI Architecte, urbaniste et directeur de l’architecture et du développement durable d’Immobilière 3F, l’une des filiales immobilières du groupe français Action Logement 30 31
“ La dynamique est lancée pour ancrer la santé dans la gouvernance, les politiques publiques et les pratiques du secteur de la construction. ” Les certifications ne jugent plus les bâtiments seulement à leur impact environnemental, mais aussi à celui qu’ils ont sur la santé et la performance de leurs occupants. Pourquoi est-il crucial d’intégrer la santé et le bien-être comme critères essentiels de la performance des bâtiments? J. H. : Nous réalisons à quel point les bâtiments influencent notre santé. Nous passons près de 90% de notre vie à l’intérieur! Or l’air intérieur est souvent 3 à 5 fois plus pollué que l’air extérieur, parfois jusqu’à 100 fois. Concevoir des lieux qui protègent la santé devient donc un enjeu majeur. À mes yeux, les « healthy buildings » représentent une nouvelle frontière de la santé publique : architectes et ingénieurs pourraient avoir un impact comparable à celui des médecins. Comment le standard WELL évalue-t-il la santé et le bien-être? J. H. : Le standard WELL s’articule autour de 10 dimensions : air, eau, nutrition, lumière, mouvement, confort thermique, acoustique, matériaux, santé mentale et communauté. Chacune se traduit en exigences concrètes : ventilation, lumière naturelle, espaces favorisant l’activité, politiques de santé mentale et d’inclusion… L’objectif : rendre visible l’invisible pour piloter la santé des occupants. « L’objectif du standard WELL (1) est de révéler les facteurs qui impactent la santé des occupants. » POINT DE VUE JASON HARTKE Vice-président exécutif des affaires externes et de l’influence de l’International WELL Building Institute (IWBI) (1) WELL est une certification internationale de l’International WELL Building Institute (IWBI) qui évalue les bâtiments selon leur impact sur la santé et le bien-être des occupants, à travers 10 dimensions incluant la qualité de l’air, l’eau, la lumière, le confort thermique et acoustique, ou encore la santé mentale. Source : wellcertified.com. 33
Quels leviers pourraient accélérer l’intégration de la santé et du bien-être dans la construction durable à l’échelle mondiale? J. H. : Les entreprises les plus visionnaires savent désormais combien les bâtiments influencent la santé, la productivité et la fidélisation. Le bien-être devient un atout stratégique : entre deux employeurs, celui qui place la santé au centre dispose d’un net avantage. Avec le télétravail, le bureau doit « valoir le déplacement » en offrant un environnement où les salariés se sentent plus performants et mieux pris en charge. Sur le plan économique, ces bâtiments affichent aussi des loyers plus élevés, des baux plus longs et de meilleurs taux d’occupation. Les pouvoirs publics progressent aussi : villes et États imposent des standards de qualité d’air dans les bâtiments recevant du public, comme en Europe avec la nouvelle directive sur l’efficacité énergétique. Enfin, les investisseurs s’emparent du sujet : des référentiels ESG comme le GRESB (1) intègrent la santé et le bien-être comme des indicateurs matériels de performance. La dynamique est lancée, reste à ancrer durablement la santé dans la gouvernance, les politiques publiques et les pratiques du secteur. ARQBÓREA, À MADRID (ESPAGNE), immeuble de bureaux qui a obtenu la certification WELL Health-Safety Rating et la certification Platine WELL Shell & Core. WATER STREET (ÉTATS-UNIS) est le premier quartier en Amérique du Nord à avoir obtenu la certification WELL Community – niveau Gold, délivrée par l’International WELL Building Institute. Conçu comme un quartier centré sur la santé et le bien-être, le projet intègre à l’échelle des bâtiments et des espaces publics des principes de conception favorisant l’apport de lumière naturelle, la qualité des ambiances intérieures, le confort environnemental et les connexions avec l’extérieur, des leviers reconnus pour soutenir la santé physique et mentale des usagers. Une approche globale et coordonnée qui fait de ce quartier un référent international du développement urbain orienté bien-être. (1) Le GRESB (Global Real Estate Sustainability Benchmark) évalue la durabilité et la gouvernance des portefeuilles immobiliers. POINT DE VUE RETROUVEZ l’interview complète sur Constructing a sustainable future 34
4 hôpitaux au confort exemplaire Le confort joue un rôle particulièrement déterminant dans les lieux de soin. Ici, quatre exemples d’hôpitaux qui illustrent comment la construction durable contribue à un environnement plus sain, plus calme et plus lumineux. Un cadre qui soutient la qualité de vie du personnel et le rétablissement des patients, qui évoluent au cœur d’une véritable architecture thérapeutique. TOUR D’HORIZON ÉTATS-UNIS LE SENSORIEL À L’HONNEUR : KIOWA COUNTY MEMORIAL HOSPITAL Reconstruit après une tornade en 2007, cet hôpital certifié LEED (1) Platinum combine solutions passives et actives adaptées au climat continental. Isolation extérieure renforcée, façade ventilée et vitrages à faible émissivité stabilisent la température. Les capteurs d’éclairage naturel et le contrôle automatisé des stores favorisent le bien-être et l’efficacité énergétique. (1) LEED : Leadership in Energy and Environmental Design. BRÉSIL UNE ACOUSTIQUE QUI APAISE LES ENFANTS : HÔPITAL ERASTINHO Erastinho est le premier hôpital oncopédiatrique (2) certifié LEED d’Amérique latine. Il a été conçu pour apaiser le stress des jeunes patients avec des espaces lumineux et colorés qui stimulent la vitalité. Des doubles murs et des plafonds acoustiques décoratifs absorbent les sons, afin de réduire l’anxiété et la fatigue. (2) Prise en charge des enfants et adolescents atteints de cancers. FRANCE LE CONFORT THERMIQUE AU CŒUR DU SOIN : CHU DE NANTES À l’horizon 2027, le futur CHU de Nantes, conçu comme un bâtiment bioclimatique (3), offrira une température stable en toute saison. Triple vitrage, châssis respirants et brise-soleil filtreront chaleur et lumière. Les chambres, orientées au sud, profiteront des apports solaires en hiver tandis que les toits végétalisés tempéreront la température en été, assurant ainsi un bien-être constant pour patients et personnels. (3) Approche de conception qui adapte le bâtiment à son climat local pour optimiser le confort thermique et lumineux tout en réduisant les besoins énergétiques. SÉNÉGAL FRAÎCHEUR ET AIR SAIN : HÔPITAL EL HADJ MALICK SY Reconstruit après un incendie en 2022, cet hôpital de 300 lits, entièrement écoconçu, mise sur un air intérieur sain et un confort thermique adapté au climat tropical. Les plafonds en plâtre respirant réduisent jusqu’à 70% des COV (4), tandis que l’isolation et la ventilation maintiennent fraîcheur et pureté de l’air, essentielles pour éviter la propagation des maladies. (4) Les composés organiques volatils (COV) sont des substances gazeuses hétérogènes qui peuvent avoir des effets cancérigènes ou toxiques pour la reproduction et le développement de l’homme. 37 36
Iquique Au-delà du bâtiment, la manière de penser la ville façonne la qualité de vie des habitants. Les dynamiques démographiques influencent en profondeur l’évolution urbaine : urbanisation accélérée, vieillissement des populations dans certaines régions, croissance soutenue dans d’autres, recomposition des ménages ou migrations internes. Autant de mutations qui influencent concrètement les besoins en logements, en infrastructures et en services et, in fine, notre façon de vivre la ville. DÉCRYPTAGE Démographie : comment garantir le confort au plus grand nombre? Aujourd’hui, déjà plus de la moitié de la population mondiale vit en zone urbaine et en 2050 ce sera le cas de près de 7 personnes sur 10! Un développement qui met souvent à l’épreuve les capacités de planification et de construction des villes. Dans le même temps, certaines métropoles doivent adapter leur parc bâti à des populations vieillissantes, tandis que d’autres font face à une pression foncière et sociale accrue liée à l’arrivée de nouveaux habitants. Pour les acteurs du bâtiment, ces logiques démographiques appellent des réponses durables, à la fois résilientes et attentives au confort et au bien-être du plus grand nombre. LUTTER CONTRE L’HABITAT INFORMEL Dans les régions où la croissance démographique est forte, un des enjeux est d’éviter l’expansion incontrôlée de l’habitat informel. ONU-Habitat et la Banque mondiale identifient l’Afrique subsaharienne et plusieurs régions d’Asie, notamment l’Asie centrale et du Sud ainsi que l’Asie de l’Est et du Sud-Est, comme les zones les plus exposées, avec des populations urbaines en plein envol. Kenya. Loger les personnes à faibles revenus et faire baisser la facture énergétique. À Nairobi, au Kenya (Afrique), l’accès à un logement sûr et abordable reste un défi majeur dans une ville en croissance rapide. Pour répondre à cette pression, l’International Finance Corporation (IFC) soutient le programme IHS Kenya Energy Efficient Housing, qui développe des appartements destinés aux ménages à revenus modestes, conçus pour réduire leur consommation d’énergie et bénéficiant de la certification EDGE. Ces bâtiments sont pensés pour diminuer les factures, améliorer le confort thermique et réduire l’empreinte environnementale. Le modèle rent-to-own, location avec option d’achat, vise à sécuriser l’accès à la propriété tout en évitant l’éloignement systématique en périphérie, souvent synonyme de temps de trajet longs et de baisse de qualité de vie. En combinant performance énergétique, prix accessibles et implantation proche des pôles économiques, le programme offre ainsi une alternative concrète et durable à l’expansion informelle. Chili. Des logements qui s’adaptent. Dans d’autres régions, qui ne connaissent pas aujourd’hui d’explosion démographique, l’habitat informel hérité de choix passés peut encore peser sur la qualité de vie des populations et nécessiter des solutions d’habitats innovants. Ainsi, en Amérique latine, le projet Quinta Monroy, dans la ville d’Iquique (Chili), constitue une référence mondiale en matière de logement social adaptatif. Conçu par l’agence Elemental, il repose sur un principe original : construire une « demi-maison » structurelle solide avec fondations, murs porteurs, toiture, réseaux, et laisser aux familles la possibilité d’étendre leur logement progressivement, selon leurs Projet Quinta Monroy à Iquique (Chili). 38
Micromaison Love2 House, à Tokyo (Japon). besoins et leurs ressources. En s’adressant à des ménages modestes déjà installés en ville, aux trajectoires familiales évolutives et confrontés à une forte pression foncière, le projet illustre une autre manière de penser le logement social : non plus comme un produit figé, mais comme un cadre capable d’évoluer dans le temps. Une réponse démographique qualitative, fondée sur la stabilité résidentielle, la dignité de l’habitat et le bien-être à long terme. PAS ASSEZ DE MÈTRES CARRÉS MAIS DES IDÉES Dans d’autres pays, c’est l’absence de foncier disponible qui est un enjeu. Les métropoles d’Asie de l’Est, d’Indonésie ou d’Europe expérimentent des formes radicalement nouvelles de densité. Tokyo. La compression heureuse. À Tokyo (Japon), où la pression foncière est l’une des plus intenses au monde, la micromaison Love2 House, conçue par Takeshi Hosaka, illustre une réponse architecturale à la fois démographique et qualitative. Sur une parcelle extrêmement réduite, le projet maximise lumière, ventilation et confort grâce à un puits de lumière et à de grandes ouvertures. Il montre qu’il est possible de densifier sans renoncer à la qualité de vie. Un enjeu central dans une ville où l’espace disponible est limité alors que la population urbaine continue de croître. New York. Le préfabriqué pour densifier. Dans le quartier de Manhattan, où le manque de foncier et la hausse du nombre de ménages solos accentuent la tension démographique, Carmel Place est devenu un cas d’école. Les 55 micro-unités préfabriquées montrent comment une densité accrue peut s’accompagner d’une qualité d’usage réelle : grandes fenêtres, hauteurs généreuses, espaces mutualisés. Conçu via un appel à projets de la ville de New York pour répondre au besoin croissant de petits logements, Carmel Place illustre une stratégie : offrir des solutions adaptées aux nouvelles configurations familiales tout en limitant la pression sur le foncier. QUAND LES PLUS DE 65 ANS SERONT PLUS NOMBREUX QUE LES 15-24 ANS Le vieillissement est l’une des transitions les plus structurantes du siècle. En 2018, pour la première fois, les personnes âgées de 65 ans et plus ont été plus nombreuses que les enfants de moins de 5 ans au niveau mondial, selon les Nations unies. Et d’ici à 2050, cette classe d’âge dépassera les 15-24 ans au niveau mondial. Pour l’OMS, il s’agit pour les villes d’intégrer trois principes : accessibilité, inclusion sociale, proximité des services. Hong Kong. Habitat et santé. À Hong Kong, où le vieillissement de la population s’accélère, la Hong Kong Housing Society a lancé le Senior Citizen Residences Scheme, un programme de logements destinés aux personnes de plus de 60 ans. Les résidents bénéficient de baux à vie et de services intégrés : soins, assistance, espaces communs adaptés, activités sociales. Le modèle est conçu pour répondre aux besoins de santé, d’accessibilité et de lien social d’une population vieillissante, tout en lui garantissant un environnement sûr, stable et confortable. Ce programme est reconnu par l’OMS dans ses travaux sur les villes « age-friendly ». Amsterdam. Modularité et réversibilité. Dans le quartier d’IJburg, Amsterdam (Pays-Bas) développe des logements spécifiquement destinés aux seniors, avec une approche centrée sur la modularité et la circularité. Le bâtiment Van IJburg utilise une structure bois démontable et des modules adaptables, permettant d’ajuster les espaces en fonction du degré d’autonomie des résidents. Le projet inclut des espaces partagés et des logements pour soignants, offrant un habitat capable d’accompagner les transitions de vie sans rupture. Pour les villes vieillissantes, c’est un modèle d’infrastructure sociale et de confort durable. Ainsi, les réalités démographiques, en même temps qu’elles redistribuent les cartes des équilibres sociétaux partout dans le monde, dictent aussi leur loi sur notre bien-être collectif. Faisant du secteur de la construction un acteur incontournable de l’équation. Tokyo DÉCRYPTAGE New York Carmel Place, à New York (États-Unis). 41
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