LE BÂTIMENT COMME BANQUE DE MATÉRIAUX Les passeports matériaux résolvent un problème simple : faire en sorte que l’information sur les matériaux d’un bâtiment ne se perde jamais. Avec eux, chaque démolisseur sait précisément les systèmes et matériaux présents dans le bâtiment, leur composition, la manière de les déconstruire en vue de les valoriser. Concrètement, comment ça marche? Un passeport matériaux, c’est un inventaire précis, digital, actualisé tout au long de la vie d’un bâtiment. Chaque élément – du béton aux équipements techniques – dispose d’une fiche d’identité numérique : nature, quantité, localisation, impact carbone, potentiel de réemploi ou de recyclage. L’information créée à la construction et actualisée à chaque étape de vie du bâtiment reste accessible des décennies plus tard. Le bâtiment devient alors une ressource. Pourquoi est-ce crucial? Pour offrir une vue d’ensemble sur ce qui peut être transformé et revalorisé lors du démontage du bâtiment : vitrages recyclés, béton concassé pour de nouveaux ouvrages, équipements techniques reconditionnés, faux plafonds réemployés… Avec, à la clé, moins d’extraction de ressources vierges, moins de déchets, moins d’émissions de CO2. LA RÉVOLUTION A COMMENCÉ Le récent rapport Alcimed (1), portant sur les pratiques et usages des audits avant démolition, le souligne : en France, au Royaume-Uni ou en Suède, par exemple, les audits avant démolition sont réalisés avant l’appel d’offres, puis disparaissent dans les tiroirs. Les entreprises de déconstruction ne les utilisent que très rarement. Pourquoi? Les données ne sont pas harmonisées, et les informations souvent inexploitables. Résultat : on recommence de zéro à chaque chantier, avec les coûts et les pertes de temps que cela implique. Les passeports matériaux vont mettre fin à cette situation absurde et créer ce lien qui manquait : une mémoire numérique permanente, accessible à tous les acteurs de la chaîne. Au Royaume-Uni et dans les pays nordiques, des plateformes comme Circuland – start-up londonienne spécialisée dans les passeports numériques – préfigurent déjà ce changement. Concular, pionnier allemand, va plus loin en accompagnant tout le processus : du conseil aux logiciels (passeports de ressources, analyses de cycle de vie), jusqu’à l’approvisionnement en matériaux circulaires. Résultat : la déconstruction devient une gestion de ressources, plus une affaire de déchets. Un exemple? EDGE Südkreuz, à Berlin. Ce complexe de bureaux de 32 000 m2, plus grand bâtiment hybride bois d’Allemagne, est enregistré dans Madaster, une plateforme de passeports numériques qui documente les matériaux, leur impact carbone et leur potentiel de réemploi ou de recyclage. Chaque élément dispose d’une fiche d’identité numérique. Dans trente ou cinquante ans, les démolisseurs consulteront cet inventaire au lieu de tout refaire. À la clé : gain de temps, économies, et surtout valorisation optimale des matériaux. Le passeport matériaux devient ainsi le chaînon manquant entre diagnostic et action. La démolition circulaire n’est plus une promesse, mais une réalité. Les audits avant démolition recensent les matériaux présents dans un bâtiment, mais finissent trop souvent dans un tiroir. La solution? Les passeports matériaux. Leur promesse? Utiliser les données pour plus de circularité sur toute la chaîne de valeur. DÉCRYPTAGE Démolition et circularité : les passeports matériaux vont tout changer (1) Étude menée pour Saint-Gobain sur les pratiques et usages des audits avant démolition, leur cadre réglementaire et leur rôle potentiel dans le développement de la circularité. L’analyse couvre quatre pays européens : la France, le Royaume-Uni, la Suède et l’Allemagne. 115 114
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