Constructing a sustainable Futur #4

entretien GrAND Pourquoi, dans la construction, le développement durable a-t-il si souvent été réduit à la seule performance environnementale? J. E. : Pour le comprendre, il faut revenir un peu en arrière. Il y a près de cinquante ans, lorsque je me formais au métier d’urbaniste, le changement climatique était à peine perceptible et le secteur de la construction, comme beaucoup d’autres, se souciait peu des limites environnementales. Lorsque le développement durable s’est progressivement imposé, il l’a fait d’abord sous l’angle environnemental. À partir des années 1970, les études d’impact environnemental ont joué un rôle déterminant. Elles ont permis de mettre en place des processus structurés qui ont amené les promoteurs, les architectes et les urbanistes à prendre en compte les conséquences du changement climatique. Au fil du temps, cela a influencé la manière dont le développement durable a été appréhendé et mis en œuvre. Des outils comparables d’évaluation des impacts sociaux, culturels ou humains n’existaient tout simplement pas. Il y avait aussi un aspect pragmatique : la performance environnementale semblait plus facile à gérer. Les émissions de CO2, la consommation d’énergie et la pollution pouvaient être mesurées, réglementées et faire l’objet d’audits. En revanche, comprendre l’expérience humaine est beaucoup plus complexe et politiquement sensible. Ainsi, le développement durable s’est retrouvé étroitement associé à ce qui pouvait être quantifié, même si cela impliquait de réduire sa portée initiale. Cet accent mis sur l’environnement a-t-il néanmoins joué un rôle positif dans le secteur de la construction? J. E. : Oui, il a permis de faire progresser les secteurs les plus émetteurs de CO2 tels que celui de la construction. Il est difficile de transformer ces industries, mais la pression en faveur du développement durable les a Pendant longtemps, le développement durable dans le secteur de la construction était axé sur les performances environnementales et les indicateurs carbone. Si cette approche a permis d’améliorer les pratiques professionnelles, elle a souvent négligé l’impact des bâtiments sur la vie des populations. Dans cet entretien, John Elkington, pionnier du concept de triple bottom line (personnes, planète, prospérité), revient sur les origines de cette approche environnementale, sur ce qu’elle a rendu possible et explique pourquoi il est désormais essentiel de placer l’humain au cœur du développement durable. JOHN ELKINGTON Consultant britannique expert dans les questions de responsabilité sociétale des entreprises et de développement durable ayant introduit le concept de triple bottom line (TBL) (1). (1) Cadre d’analyse de la performance des organisations fondé sur trois dimensions indissociables (économique, sociale et environnementale), visant à mesurer la création de valeur globale au-delà du seul résultat financier. 07

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